COMMUNIQUÉ DE PRESSE
L’association LAHURNIP, lauréate du Prix Entreprises et Droits Humains 2025
La Fondation du Prix Entreprises et Droits Humains
Genève, le 24 novembre 2025

www.nicholaspitt.com
À l’occasion du Forum annuel des Nations Unies (ONU) sur les entreprises et les droits de l’homme, notre fondation vient de décerner le Prix Entreprises et Droits Humains 2025 à l’association d’avocats pour la défense des droits humains des peuples autochtones du Népal LAHURNIP (Lawyers’ Association for Human Rights of Nepalese Indigenous Peoples). Ce prix salue le « travail exceptionnel d’associations de défense des droits humains qui luttent contre les atteintes à ces droits perpétrées par les acteurs économiques ». Une vidéo de trois minutes de l’annonce du Prix, avec la participation des dirigeants de LAHURNIP, est disponible en anglais et en népalais.
Il y a 30 ans, un groupe d’avocats autochtones népalais fondait l’association LAHURNIP, qui œuvre depuis aux côtés des communautés autochtones locales népalaises. Sa mission : défendre leurs droits humains et obtenir justice et réparation pour les victimes des activités des entreprises et de l’État. Les terres, les ressources et les moyens de subsistance des peuples autochtones sont de manière disproportionnée touchés par les actions des entreprises et des pouvoirs publics. Aide juridique, actions en justice stratégiques et plaidoyer, LAHURNIP propose ses services aux communautés autochtones et locales, en particulier celles qui subissent les répercussions de projets de développement à grande échelle.

« Au fil des ans, LAHURNIP a donné de l’espoir à de nombreuses communautés autochtones démunies face à l’agression d’entreprises bénéficiant souvent de l’appui des pouvoirs publics. La plus grande force de LAHURNIP réside dans la confiance profonde gagnée auprès des communautés autochtones et locales. L’organisation a mené un travail exemplaire aux côtés des populations autochtones les plus marginalisées touchées par les opérations des acteurs économiques », commente Joan Carling, membre du réseau consultatif de notre fondation et directrice exécutive de l’organisation Indigenous Peoples Rights International, elle-même issue de la tribu autochtone des Kankanaeys aux Philippines.

Dans une déclaration commune publiée ce jour, les membres du conseil d’administration de la fondation (Christopher Avery, Regan Ralph et Valeria Scorza) justifient ainsi leur choix : « Nous félicitons LAHURNIP pour ses 30 années de travail exceptionnel de défense des droits humains des peuples autochtones du Népal, aux côtés des communautés autochtones locales. Nous applaudissons également les cinq organisations nommées cette année pour leur excellent travail de défense des droits fondamentaux, citées à la fin de ce communiqué. »
Shankar Limbu (vice-président du conseil de direction de LAHURNIP), avocat spécialisé dans la défense des droits humains au Népal, issu du peuple autochtone des Yakthung « Limbu » au Népal oriental, s’est exprimé en ces termes : « Nous sommes très honorés de recevoir ce prix prestigieux. Nous croyons sincèrement qu’il honore le mouvement collectif des peuples autochtones et des alliés qui se battent à nos côtés pour défendre la justice et les droits humains. Nous remercions la fondation de cette reconnaissance, qui nous encourage fortement à exiger des comptes des entreprises et des pouvoirs publics, mais aussi à sauvegarder notre souveraineté, notre autodétermination, notre autogouvernance et la gestion de nos terres ancestrales et de notre environnement. Nos décennies d’expérience ont confirmé que le respect et l’application des droits humains dans les activités des entreprises sont un moyen de résoudre à l’amiable les conflits latents et manifestes entre les peuples autochtones et les acteurs économiques, y compris l’État, dans l’intérêt de la paix et du développement équitable. »
LAHURNIP a pour mission de tenir les entreprises, les pouvoirs publics et les institutions de la finance internationale responsables du respect des normes internationales, notamment :
- La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
- La Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du Travail
- Les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme des Nations Unies
- La Déclaration des Nations Unies sur le droit au développement
- Les instruments relatifs à la justice environnementale

« L’appropriation du mouvement par les détenteurs des droits locaux » s’inscrit parmi les valeurs fondamentales de LAHURNIP, « déterminée à créer un environnement dans lequel les peuples autochtones concernés sur le terrain s’emparent des mouvements et les font vivre. »
Le Népal reconnaît 60 groupes autochtones dans le pays, soit 35 % de la population selon les chiffres officiels ; les organisations autochtones affirment toutefois que ce chiffre est en réalité plus proche de 50 %.
L’appendice en fin de communiqué présente des exemples des diverses approches de LAHURNIP, et des actions menées par l’association.
LAHURNIP a fait clairement savoir que les peuples autochtones népalais ne sont pas opposés en général aux projets de développement ; ils exigent simplement que ces projets respectent les normes juridiques et les cadres d’action nationaux et internationaux.

Reconnaissance de l’action de LAHURNIP :
- En 2024, lors d’une cérémonie à Chiang Mai (Thaïlande), l’Asia Indigenous Peoples Pact (Pacte pour les peuples autochtones d’Asie) a décerné le Centre of Defenders Award à LAHURNIP, en reconnaissance de ses contributions exceptionnelles à la protection et à la promotion des droits humains des peuples autochtones d’Asie.
- En août 2025, à l’occasion d’un événement à Katmandou, LAHURNIP a été honorée par la Nepal Federation of Indigenous Nationalities (Fédération népalaise des nationalités autochtones) pour ses 30 années de dévouement à la promotion et à la défense des droits des peuples autochtones du Népal.
Liste complète des nominés pour le prix 2025

Liste des organisations nominées pour le Prix Entreprises et Droits Humains 2025 par les membres du comité consultatif de notre fondation. Chacune de ces organisations réalise un travail fondamental et mérite une reconnaissance internationale.
- Bangladesh Center for Worker Solidarity (BCWS) (Bangladesh)
- Cividep India (Inde)
- Community Resource Centre Foundation (CRC) (Thaïlande)
- LAHURNIP (Lawyers’ Association for Human Rights of Nepalese Indigenous Peoples) (Népal) LAURÉAT
- Satya Bumi (Indonésie)
Le prix change de région chaque année : après la région Asie-Pacifique cette année, il sera décerné à une organisation d’Afrique subsaharienne en 2026.
À propos de la fondation

La Fondation du Prix Entreprises et Droits Humains est une fondation indépendante à but non lucratif. Afin de préserver son indépendance, elle n’accepte aucun don de la part de gouvernements ou d’entreprises. Cette page présente les membres de son comité consultatif, originaires des quatre coins du monde. Contact : contact@humanrightsandbusinessaward.org
LAHURNIP est le huitième lauréat du prix annuel. Les lauréats précédents sont :
- 2024 : Migrant-Rights.org (pays du Conseil de coopération du Golfe)
- 2023 : OFRANEH (Organización Fraternal Negra Hondureña / Organisation fraternelle noire du Honduras) (Honduras)
- 2022 : Oil Workers’ Rights Protection Organization (OWRPO) (Azerbaïdjan)
- 2021 : AFREWATCH (République démocratique du Congo)
- 2020 : Migrant Workers Rights Network (MWRN) (Thaïlande)
- 2019 : Al-Haq (Palestine)
- 2018 : Justiça nos Trilhos (Brésil)
Appendice
- Exemples des diverses approches de LAHURNIP
- Exemples d’actions menées par LAHURHIP
Exemples des diverses approches de LAHURNIP
Action en justice. L’une des principales réussites de LAHURNIP est la décision de la Cour suprême du Népal en 2024 (rendue publique en 2025) dans l’affaire LAHURNIP et al. contre le bureau du Premier ministre et al., dans laquelle la Cour ordonne à tous les niveaux de l’administration publique de mettre les lois et les politiques en conformité avec les normes internationales relatives aux droits des peuples autochtones et exige que les pouvoirs publics obtiennent le consentement préalable, libre et éclairé des communautés autochtones avant de prendre des mesures qui les concernent. Un nouvel espoir a ainsi été donné aux peuples autochtones du Népal. À la suite de cette décision, quelques administrations locales ont commencé à adopter des lois et des politiques en vue de la mise en œuvre des normes internationales en question.- Contribution aux politiques nationales. LAHURNIP a largement contribué au plan d’action national du Népal sur les entreprises et les droits humains, adopté en 2023, lequel comprend les engagements suivants : le consentement préalable, libre et éclairé des communautés autochtones concernant les projets de développement ; la participation des communautés aux évaluations environnementales ; et la protection des entreprises et des institutions coutumières autochtones.
En 2020, LAHURNIP a publié un Manuel de formation sur les entreprises et les droits humains à l’intention des défenseurs des droits humains des peuples autochtones de 61 pages (en anglais), avec le concours de l’International Work Group for Indigenous Affairs (groupe de travail international sur les affaires autochtones) et le soutien financier du ministère des Affaires étrangères danois.- Élaboration de principes directeurs. En 2020, LAHURNIP et le FPIC & Rights Forum (un groupe de communautés locales dans le district népalais de Lamjung) ont publié un protocole sur la manière dont les peuples autochtones souhaiteraient que les acteurs externes obtiennent leur consentement : Protocole sur l’obtention du consentement préalable, libre et éclairé – par les communautés touchées par le projet de ligne de transmission 220 kV Marsyangdi Corridor financé par la BEI au Népal (en anglais). Cette initiative a vu le jour dans le contexte du projet de ligne de transmission Marsyangdi Corridor qui, affirment les peuples autochtones, est bâtie sur leurs terres et territoires ancestraux sans leur consentement préalable, libre et éclairé. Le projet de ligne de transmission est supervisé par le gouvernement/ministère de l’Énergie népalais, financé par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque asiatique de développement (BAsD), et exécuté par des entreprises dont le siège est situé en Inde et au Népal.
Plaidoyer auprès d’organisations internationales.
- En juillet 2025, LAHURNIP et ses partenaires de la coalition ont remis un rapport conjoint sur la situation des droits humains des peuples autochtones du Népal au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, en lien avec l’Examen périodique universel des droits humains au Népal que le Conseil doit mener en 2026.
- En juillet 2025, à l’occasion d’une réunion organisée par LAHURNIP à Katmandou, les chefs autochtones ont fait part de leurs préoccupations au Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. « Des représentants de 12 communautés affectées ont signalé des violations, notamment des cas d’expulsions forcées, de militarisation, d’accaparement des terres, d’effacement culturel, et des projets de développement et de conservation menés sans CPLE (consentement préalable, libre et éclairé) sur leurs terres. »
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Photo : alamy/Ozgur Cagdas Vidéos d’information.
- « Consentement préalable, libre et éclairé» (2024) (VO sous-titrée en anglais)
- « Effets du projet d’expansion routière» (2020) (VO sous-titrée en anglais)
- « Interview avec Shankar Limbu de LAHURNIP : Les droits des peuples autochtones à l’autonomie et à l’autogouvernance» (2019) (en anglais)
Exemples d’actions menées par LAHURHIP
Les quelques exemples qui suivent font partie des nombreux litiges que LAHURNIP s’est employée à résoudre par l’action en justice, le plaidoyer et la recherche. Les projets à grande échelle au Népal sont généralement menés par de grandes entreprises dont le siège est situé au Népal, en Chine ou en Inde.
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Photo : shutterstock/Teo Tarras Projet routier impactant le peuple autochtone des Newas (« Newars ») : LAHURNIP a joué un rôle crucial en résistant au projet d’expansion routière de la vallée de Katmandou qui menaçait de déplacer plus de 150 000 Newas sans leur consentement préalable, libre et éclairé, sans participation significative des communautés locales, et sans indemnisation. Le projet menaçait également la destruction de sites du patrimoine culturel et les moyens de subsistance de la population locale. LAHURNIP a engagé une action en justice devant la Cour suprême et obtenu une décision phare en 2018 imposant l’arrêt des travaux de démolition et protégeant les droits fondamentaux des Newas et des communautés locales. Le verdict, salué comme une victoire majeure pour les droits autochtones au Népal, confirme que le programme de développement de l’État ne peut pas primer sur les droits humains. LAHURNIP et d’autres associations concernées ont dû diriger leurs efforts sur la mise en application de la décision de la Cour suprême, qui reste un défi face aux obstacles systémiques et à l’inaction politique.
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Capture d’écran d’un article de Deusdedit Ruhangariyo publié sur le site d’ICT le 4 juillet 2025.
Photo : Nirajan Dhakal via Unsplash.comProjet de téléphérique impactant le peuple autochtone des Limbus : LAHURNIP, représentant la nation autochtone limbu (yakthung), s’est vigoureusement opposée à un projet de téléphérique sur la montagne sacrée de Mukkumlung dans le district de Taplejung, un projet qui a reçu l’appui de la Société financière internationale. Le projet avançait malgré le refus du consentement préalable, libre et éclairé des Limbus. Des groupes autochtones signalent que ce projet a entraîné la déforestation, la militarisation du secteur et l’arrestation arbitraire de militants autochtones. En août 2025, LAHURNIP, en tant que conseil juridique auprès de la nation limbu, a déposé une plainte concernant ce projet auprès du Conseil/Médiateur (Compliance Advisor Ombudsman) de la Société financière internationale et de l’Agence multilatérale de garantie des investissements.
- Projet hydroélectrique impactant le peuple autochtone desTamangs : En 2023, LAHURNIP a co-édité un rapport préparé par Navin K. Rai, ancien expert à la Banque mondiale, intitulé Consentement préalable, libre et éclairé des peuples autochtones tamangs au Népal : évaluation indépendante de la conformité du projet hydroélectrique Upper Trishuli-1 aux normes de performance de la SFI (en anglais). Le rapport détaille les manquements au consentement préalable, libre et éclairé des peuples autochtones tamangs pour ce projet qui nuit à leur territoire et à leurs ressources, et critique leur expulsion de leur terre natale traditionnelle. Ce projet hydroélectrique est sponsorisé par la Nepal Water and Energy Development Company (compagnie népalaise de développement de l’eau et de l’énergie), et financé par la Société financière internationale, la Banque asiatique de développement, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, et la Banque néerlandaise de développement. Oxfam International a commandé le rapport, dont les autres co-éditeurs sont l’Asia Indigenous Peoples Pact et l’International Working Group for Indigenous Affairs.
